« Les mots diversement rangés font un divers sens. Et les sens diversement rangés font différents effets. »
Blaise Pascal, PenséesLe Prix Pascal récompense chaque année une œuvre originale utilisant l'intelligence artificielle.
Cette œuvre devra être utile, ou alerter, ou aider à résoudre d'une façon originale un des défis écologiques, sociaux et éthiques qui menacent l'humanité.
L'IA sait maintenant résoudre des problèmes de mathématiques jusqu'ici insolubles. On lui demande ici de produire un texte permettant de faire progresser l'humanité dans la voie de la sagesse et de la préservation d'elle-même et de son environnement.
Ce prix ne récompense pas « un livre comme un autre ». Il distingue les œuvres qui apportent quelque chose d'inédit, qui ne se contentent pas de reproduire un format déjà produit par le passé. Il s'agit d'explorer ce que ces machines rendent possible en matière de littérature utile, engagée, porteuse d'une contribution à la préservation de l'humanité et de son environnement.
Le jury réunit des lecteurs professionnels et des personnes qui connaissent ces outils de l'intérieur. L'œuvre doit être inédite ; aucun éditeur n'est requis pour candidater. Le lauréat reçoit une dotation, et le prix s'emploie à faire publier son manuscrit.
Qu'une intelligence artificielle soit capable d'écrire un texte n'est plus une nouveauté. Cette capacité existe, elle est accessible, et elle ne prouve rien. Le prix ne la récompense pas. Il récompense ce qu'un auteur obtient au-delà d'elle : une œuvre qui contribue à faire progresser l'humanité dans la voie de la sagesse et de la préservation d'elle-même et de son environnement.
Une condition précède les critères : l'œuvre doit avoir un objet. Ces machines rendent les jeux de langage faciles et les dispositifs ingénieux bon marché. Un procédé qui ne porte rien ne fait pas une œuvre. Le prix distingue celles qui laissent quelque chose à leur lecteur — une compréhension nouvelle, une alerte, une piste pour résoudre un défi écologique, social ou éthique.
Le jury applique ensuite deux critères.
L'œuvre apporte une forme, une voix ou une construction que rien, dans ce qui existait déjà, ne laissait attendre. Elle ne se contente pas de recomposer des éléments connus avec habileté, ni de reproduire un format déjà produit par le passé. Défaire une convention du livre — l'ordre fixe des pages, la stabilité du texte d'une lecture à la suivante, la séparation entre celui qui écrit et celui qui lit — en est la forme la plus haute, sans en être la condition.
La manière dont l'œuvre a été produite n'avait pas encore été employée. Elle est décrite assez précisément, dans le dossier technique, pour qu'un autre auteur puisse la reprendre et la modifier. L'IA est ici un outil au service d'une intention : alerter, aider à résoudre, faire progresser.
Ces deux critères portent sur la même chose : la conception. Ce qu'une machine sait exécuter se déplace d'année en année ; ce que l'auteur a décidé lui reste imputable. Le jury juge la forme choisie, la contrainte posée, l'ordre imposé au matériau. Les œuvres qui y parviennent sont difficilement reproductibles par un être humain seul — et surtout, elles apportent quelque chose d'utile à l'humanité.
Ces machines ne se connaissent qu'à l'usage, et elles serviront à écrire. Le prix invite ceux qui aiment la littérature à s'en saisir, à en apprendre le fonctionnement et les limites, et à inventer avec elles des manières d'écrire qui n'existaient pas.
Peu de pays réunissent une tradition littéraire de premier rang et une industrie de l'intelligence artificielle qui conçoit ses propres modèles. La France réunit les deux, et n'a encore rien fait de cette rencontre. Le prix se tient ici pour cette raison, et se juge en français.
La France a par ailleurs défendu, dans les négociations commerciales internationales, ce que l'on appelle l'exception culturelle : une œuvre n'est pas une marchandise comme les autres, et son sort ne peut pas être réglé par le seul marché. Cette position a produit des règles qui s'appliquent encore, du prix unique du livre au financement public de la création. Nous soutenons qu'elle doit s'étendre aux œuvres écrites avec ces machines, dont le droit français n'a pas encore dit à qui elles appartiennent.
Écrire suppose la maîtrise de la langue écrite. Cette maîtrise s'acquiert, et elle ne s'acquiert pas également. Elle dépend de l'école que l'on a faite, du temps dont on dispose, de la langue parlée à la maison. Elle dépend aussi de la santé : un trouble du langage écrit, une maladie ou un handicap peuvent séparer durablement une personne de la page, sans rien retirer à ce qu'elle a à raconter.
L'imagination ne se distribue pas de cette manière. Ces outils ne suppriment pas l'exigence de forme ; ils déplacent l'endroit où elle s'exerce, qui devient la conception, la direction, le choix et le rejet. Le prix est ouvert à toute personne qui écrit en français, quel que soit son parcours et où qu'elle vive.
Personne ne sait où en est aujourd'hui la littérature écrite avec l'intelligence artificielle. Les opinions sont nombreuses et les observations rares. Chacun raisonne sur quelques exemples choisis pour servir sa conclusion.
Un prix annuel, jugé selon les mêmes critères et par des lecteurs de même métier, produit des observations comparables d'une année sur l'autre. Après quelques éditions, ces observations diront ce que ces textes sont devenus, à quel rythme, et quelle part y revient à la machine. Ce sera une mesure et non une prévision. C'est ce qui manque au débat.
Le Prix Pascal ne tranche pas la question de savoir si la machine dépassera l'écrivain.
Il ne s'agit pas de produire « un livre comme un autre », mais une œuvre qui utilise l'IA pour être utile, alerter, ou aider à résoudre d'une façon originale un des défis qui menacent l'humanité.
Il récompense les œuvres qu'un auteur n'aurait pas écrites seul — et qui apportent quelque chose à la sagesse collective.
Il s'adresse à ceux qui écrivent avec ces machines pour faire progresser l'humanité dans la voie de la préservation d'elle-même et de son environnement.
Il se tient en France, dans le pays qui a soutenu qu'une œuvre n'est pas une marchandise et qui construit aujourd'hui ses propres machines.
Il est ouvert à ceux que la langue écrite tenait à l'écart.
Il se rèpte chaque année, afin que l'on dispose enfin d'une mesure.
Candidatures ouvertes jusqu'au 2 novembre 2026. Toute la francophonie.
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