Imaginez-vous penché sur un mot de condoléances. Vous cherchez les mots justes, rejetant les formules toutes faites — «mes pensées vous accompagnent», «je partage votre peine» — qui sonnent faux dès qu'on les pense. C'est cet effort-là, cette résistance aux clichés, que Roland Barthes appelait la lutte contre le «fascisme du langage».

C'est précisément cet effort que l'IA est constitutionnellement incapable de fournir. Un chatbot, face à la même demande, «coule comme un robinet d'eau tiède» : il produit ce que le langage lui impose, sans jamais en résister. La littérature, au contraire, naît de cette résistance — de la capacité à s'arracher aux formules consacrées pour atteindre une vérité personnelle, irréductible.

Cette tribune est l'un des arguments philosophiques les plus rigoureux publiés à ce jour contre la prétendue capacité littéraire de l'IA. Elle ne parle pas de technique, de droits d'auteur ou de marché — elle parle de ce que la littérature est, au fond.

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