Le manuscrit désigne ce qui est écrit à la main. Le mot porte en lui la trace du corps : l'encre, la rature, le papier froissé, la pression du stylo qui appuie ou qui glisse. Le manuscrit est unique. Il est l'original. Il est la preuve qu'une main a tenu l'instrument.

Le tapuscrit désigne ce qui est dactylographié. Le mot apparaît avec la machine à écrire, au XIXe siècle. Il marque une rupture : la main ne touche plus directement le support. Elle frappe des touches. La machine interpole. Le tapuscrit est reproductible — les copies sont identiques, indiscernables. Mais il reste l'empreinte d'un geste : la frappe, le rythme, la force du doigt.

Et maintenant ?

Quand un texte est produit par une intelligence artificielle, comment l'appeler ? Ce n'est plus tout à fait un manuscrit — aucune main ne l'a tracé. Ce n'est plus tout à fait un tapuscrit — aucune touche n'a été frappée, ou si peu (pour lancer la génération). L'auteur a formulé une intention. La machine a exécuté.

Nous proposons un terme : l'iauscrit.

Le mot se construit comme manuscrit et tapuscrit : une racine (ia) + le suffixe -uscrit (du latin scribere, écrire). L'iauscrit est ce qui est écrit par l'IA.

Ce n'est pas qu'une question de vocabulaire. C'est une question de précision. Quand nous disons « manuscrit », nous évoquons un certain rapport au corps, à l'unicité, à la trace. Quand nous disons « tapuscrit », nous évoquons la machine, la reproductibilité, la standardisation. Quand nous dirons « iauscrit », nous évoquerons autre chose : la délégation, la collaboration, la génération.

L'iauscrit n'annule pas l'auteur. Il le déplace. L'auteur n'est plus celui qui trace ou qui frappe. Il est celui qui demande, qui oriente, qui sélectionne. Il est celui qui dit : « Ceci est mon texte » — même si sa main ne l'a pas écrit.

Le Prix Pascal ne juge pas les iauscrits. Il juge les œuvres. Mais nommer, c'est déjà reconnaître. Et reconnaître, c'est permettre le débat.