Dans une tribune publiée ce jour dans Le Monde, le philosophe Eric Sadin décrit un secteur éditorial sous pression multiple : baisse des ventes, recul du temps de lecture documenté par le Centre national du livre, librairies en redressement judiciaire (Gibert, Furet du Nord, Decitre), croissance du marché de l'occasion.
À ces facteurs déjà bien identifiés s'ajoute, selon lui, un risque plus profond lié aux intelligences artificielles génératives. Il en identifie trois dimensions.
Les trois alertes de Sadin
La dévalorisation du langage. Dès lors que des systèmes peuvent produire du texte automatiquement et en quantité illimitée, la valeur associée à l'effort d'écriture tend à s'éroder. Le mérite — et le prestige — liés à la production d'une œuvre de l'esprit s'en trouvent fragilisés.
Le régime de suspicion. Sadin anticipe une incapacité croissante à distinguer texte humain et texte machine. Il illustre cela par une image forte : un Arthur Rimbaud publiant aujourd'hui Une saison en enfer à dix-neuf ans se verrait probablement suspecté d'avoir eu recours à l'IA. Ce doute systématique, si il se généralisait, constituerait, selon lui, un poison lent pour la littérature.
« Des foules faisant générer des "fictions" ou des "essais" répondant à leurs moindres souhaits, devenant toujours plus indifférentes aux vues singulières d'autrui. »
— Eric Sadin, Le Monde, 21 juin 2026
L'indifférence à la singularité. Si la génération automatisée répond à chaque désir de lecture sur mesure, Sadin craint que le public perde progressivement l'habitude — et l'envie — de se confronter à la vision singulière d'un auteur.
Un débat qui est le nôtre
Ces questions sont au cœur de ce que le Prix Pascal cherche à explorer, par l'expérimentation plutôt que par la prescription. La création assistée par IA soulève effectivement des enjeux d'authenticité, de valeur et de singularité que la seule réponse technologique ne peut pas résoudre.
La question de ce qui distingue une œuvre d'une production, d'un auteur d'un générateur, d'une voix d'un signal — ce sont précisément ces questions que le jury littéraire du Prix Pascal aura à trancher, œuvre après œuvre, candidature après candidature.
La question reste ouverte
Nous ne prétendons pas y répondre à la place du jury ni à la place des lecteurs. Nous créons les conditions d'une exploration — avec des règles, un cadre, une exigence littéraire — pour que la question se pose sérieusement, sur des œuvres réelles.
Candidatures ouvertes jusqu'au 2 novembre 2026. Déposez votre graine →